
« Ce que j’ai le plus désiré ces dix dernières années, c’est de faire de l’écriture politique un art. »
– George Orwell, Pourquoi j’écris.
Je vous souhaite la bienvenue sur mon blog, où j’ai plaisir à écrire sur des sujets divers et variés – politique, sciences sociales, culture, à l’occasion autobiogaphique – pour co-construire mes idées avec mes lectrices et mes lecteurs : écrire n’a véritablement de sens pour moi que dans le partage et l’altérité.
Pourquoi « Troisième Voie » ?
Aucun lien dans mon intention avec de nombreux courants politiques qui se sont présentés comme des alternatives à l’opposition binaire droite / gauche, comme la doctrine sociale de l’église initiée par Léon XIII à la fin du 19ème siècle, le gaullisme social, le communisme autogestionnaire à la Tito, le thatchérisme / blairisme en Grande Bretagne des années 80 / 90, le macronisme du « en même temps », voire même et encore moins le fascisme.
« Troisième Voie » reflète plutôt la conviction, née de l’expérience pratico-pratique à résoudre depuis longtemps un certain nombre de problèmes complexes en environnements incertains, que les visions binaires du monde appauvrissent considérablement ses possibilités créatives. On a ainsi coutume de problématiser les sujets en « blanc ou noir », en « pour ou contre » – pour ou contre l’avortement, pour ou contre le voile islamique, pour ou contre les réseaux sociaux pour les mineurs, pour ou contre la peine de mort, pour ou contre l’euthanasie, etc – alors qu’en réalité ces formes de problématisations polarisées et clivantes empêchent de trouver des solutions innovantes, là où le Réel se trouve vraiment, « out of the box » comment disent nos amis anglo-saxons.
J’ai toujours aimé le nombre 3, sa mystérieuse et élégante harmonie en particulier. Formé comme beaucoup de lycéens de ma génération au plan de dissertation en trois parties – le fameux « thèse, antithèse, synthèse » – je structure depuis des années mes présentations, mes pensées, mes discours en trois parties. Mais c’est tout récemment que j’ai fini par comprendre le véritable sens de ce que peut être une troisième partie « synthèse » véritablement intéressante. En faire une vague nuance de gris est selon moi une profonde erreur et la confrontation au Réel m’a maintes fois montré que sa couleur était en fait tout autre : peut-être du bleu, du vert, du rose, en tout cas quelque chose de fondamentalement différent (et de plus réjouissant) aux termes binaires de la problématisation initiale. Ce sont précisément ces couleurs du Réel alternatives au blanc et au noir que je m’efforcerai de rechercher dans mes écrits ici.
Ce qui suit ne saurait constituer une autobiographie mais il m’a semblé utile de fournir à mes lectrices et à mes lecteurs un minimum de contextualisation pour mieux comprendre « d’où je parle ».
Je suis né le 17 août 1971 à 10h du matin à Marseille non loin du Palais Longchamp dans une maternité devenue depuis in EHPAD et d’où depuis sa chambre ma mère entendait rugir les lions d’un zoo aujourd’hui disparu. J’ai grandi jusqu’à l’âge de douze ans dans un cité emblématique des quartiers nord de Marseille inspirée par Le Corbusier, le Plan d’Aou, qui fut intégralement rasée dans les années 2000 dans un grand projet de rénovation urbaine qui a notamment fait émerger une belle médiathèque, dans laquelle subsiste encore quelques pins de la cour de récréation de l’école primaire de mon enfance.
J’y ai grandi fort heureusement et je crois que c’est elle qui m’a donné le goût de l’international au contact de copains venus des quatre coins du monde avec qui j’aimais jouer au foot entre les barres. Dans la cité voisine grandissait justement Zinédine Zidane et j’imagine parfois l’avoir croisé dans quelques terrains vagues un ballon au pied. La sociologie de la cité était bien sûr populaire avec néanmoins quelques petits fonctionnaires et employés. J’ai pu constater dans cette cité toute la réalité de ce que George Orwell a pu dire de la common decency, cette décence très particulière faite de générosité et de politesse généralement observable au sein des classes populaires.
Je suis issu d’une famille de réfugiés politiques espagnols. Mes grands-pères étaient des Républicains qui, lors de la tragique guerre civile d’Espagne de 1936-1939, ont combattu avec courage et idéalisme à la fois le fascisme de Franco et le stalinisme qui tenta de s’immiscer avec sa police politique dans un pays.
Le père de mon père, Juan Bautista, était anarchiste et membre actif de la CNT-FAI en Catalogne, les durs du mouvement. Le père de ma mère, Francisco, était socialiste et adjoint au maire de sa commune de La Roda dans La Macha, le pays de Don Quichotte. Commune toute proche de la ville d’Albacete, que les Brigades internationales avaient choisi comme base, et pour laquelle mon grand-père joua un rôle logistique important en matière de ravitaillement, ce qui lui donna l’opportunité de fréquenter des célébrités politiques comme Malraux. Son frère José fut interné sous le régime de Vichy dans un camp de travail dans les Alpes de haute Provence, situé dans le village des Mées, dont il s’échappa finalement pour entrer dans la Résistance. C’est là qu’il rencontrera mon grand-père paternel Juan Bautista et qu’ils se lièrent d’amitié, ce qui permit aux deux familles de se fréquenter après la Libération et accessoirement à mes parents de se rencontrer. Quelle tristesse de réaliser que ma venue doit finalement tout à des ordures comme Franco ou Pétain!
Ma mère Isabel, toujours en vie et avec laquelle je vis actuellement dans un rôle d’aidant, a passé l’essentiel de sa vie à s’occuper de mon frère Jean-Baptiste pendant 62 ans, nuit et jour, sans vacances, sans répit, et dans la joie et la bonne humeur. Une véritable sainte laïque qui s’est toujours passée de l’hypothèse de Dieu pour faire le bien et donner un amour véritablement inconditionnel autour d’elle.
Mon feu père Mariano était un ouvrier menuisier hautement qualifié dans le bâtiment, avec notamment en dernière partie de carrière un travail de haute précision pour la réalisation de coffrages sur des projets d’envergure de par le monde. Il était remarquablement cultivé et j’ai eu la chance de vivre dans un environnement culturel très privilégié pour un enfant grandissant dans une cité HLM, avec une bibliothèque tout à fait exceptionnelle, de la musique classique savante, des sorties aux musées et dans les galeries d’art, des conversations de qualité, souvent politiques. Cette grande culture s’explique très bien par le fait que mon père fréquenta, au sein du milieu anarchiste de son père et pendant la guerre civile espagnole, une école d’avant-garde à Barcelone inspirée de l’Ecole Moderne développée par le grand pédagogue anarchiste Francisco Ferrer. Au coeur de cette éducation, la science et la culture comme vecteurs d’émancipation. Rien à voir avec les casseurs et autres « mecs cools » qui se disent anarchistes de nos jours.
J’ai été diplômé d’HEC en 1995, où j’ai été le seul fils d’ouvrier de ma promotion ce qui m’a valu une très généreuse bourse de sa Fondation qui réalise un travail remarquable en matière d’égalité des chances. Bien qu’au plan idéologique je me sois éloigné des messages néo-libéraux inhérents à une Grande Ecole de commerce de ce type, j’ai la plus grande des reconnaissances pour cette institution où j’ai eu la chance de faire de belles rencontres intellectuelles et d’y faire des amis d’une qualité tout à fait exceptionnelle. Là aussi aux antipodes des clichés sur cette école. Le paradoxe qui m’amuse toujours est que finalement mon diplôme d’HEC doit tout à l’éducation anarchiste de mon père !
A HEC, entre la première et deuxième année, je réalise un stage de césure d’un an au sein de la Direction Financière de la Snecma (devenue Safran depuis) en matière de financements aéronautiques. Lors d’une mission d’une semaine à New York à laquelle mon manager me convie, je fais l’expérience d’un véritable choc de fascination pour cette ville qui va créer le désir d’avoir à la fois une carrière dans la finance – aussi intéressante conceptuellement que glamour à mes yeux d’alors – et à l’international.
Je vais ainsi avoir pendant une vingtaine d’années un parcours il me semble plus qu’honorable de chargé d’affaires en ingénierie financière de projets industriels et technologiques, en banque d’affaires et directions financières de grand groupe, au contact d’enjeux économiques d’envergure et de crises majeures : boom puis crise asiatique de 1997, financement pour Cathay Pacific des deux premiers B777-300 jamais livrés, faillite impensable de la compagnie aérienne belge Sabena que je suis probablement le premier à anticiper en tant que conseil financier, participation à la révolution smartphone chez Orange dans un contexte d’éclatement de la bulle internet et série de grandes faillites frauduleuses à la Enron post-11 septembre, décisif dans la pénétration du marché européen voire mondial par Huawei en lui faisant remporter son premier contrat d’envergure avec un grand opérateur télécoms (Jazztel en Espagne), au coeur d’une grande banque britannique “too big to fail” qui implose lors de la crise financière de 2008 dans le sillage de la faillite de Lehman Brothers : Royal Bank of Scotland, où j’atteins en tant que Director le sommet de me carrière financière… au pire moment de l’histoire économique récente.
Royal Bank of Scotland fut pour moi à la fois une grande fierté de par son histoire prestigieuse au coeur de cette City de Londres que j’avais mis tant de temps et d’énergie à intégrer… et un motif de honte, tant elle fut perçue par les britanniques comme le symbole d’un capitalisme financier néo-libéral aussi arrogant que cupide et incompétent, dont le slogan pourrait être “privatisation des profits, nationalisation des pertes.” Je fus également choqué de constater dans la communauté financière que je fréquentais à Londres qu’après les quelques mois de panique initiaux et le renflouement massif par les contribuables des banques, strictement rien n’avait changé dans les mauvaises habitudes peu éthiques des acteurs individuels dans leur quotidien au travail. Je fus enfin consterné de réaliser, qu’à part en Islande, strictement aucune poursuite ou sanction ne furent prononcées à l’encontre des grands patrons des banques d’affaires responsables de ce désastre et qui encaissèrent plusieurs milliards de bonus pendant les années fastes, qu’à aucun moment on ne leur a demandé de rendre à la collectivité.
Un peu par hasard et très largement pour épater ma charmante copine anglaise d’alors, j’ai pris durant ces drôles d’années qui avaient un air de fin du monde à la City de Londres des cours du soir en sociologie dans une grande université londonienne spécialisée en formation continue, le Birkbeck College. Ce fut un véritable enchantement pour moi que de me remettre à étudier et de découvrir la recherche universitaire en sciences sociales et politiques. J’ai lu à cette époque avec passion Marx, Weber, Bourdieu, Foucault, Khun et quantité de chercheurs inconnus du grand public mais qui sont à mon sens les véritables intellectuels de notre temps. Magnifique souvenir d’avoir dévoré le Capital de Karl Marx dans le Tube de Londres en costume à rayure de banquier sur la Jubilee Line vers une City en plein marasme…
Bien qu’en pleine réussite professionnelle, je claque la porte de la banque un peu sur un coup de tête, profondément écœuré de la médiocrité d’un monde corporate dans lequel j’avais de plus en plus le sentiment de perdre mon temps et d’y laisser mon âme. Après une année passée entre Londres et Berlin à écrire une satire dystopique du monde de l’entreprise aux airs étrangement soviétoïdes – Seven Years in Utopia, un ovni littéraire expérimental et confidentiel autopublié en format digital sur Amazon – je prends finalement la décision de rentrer dans le sud de la France auprès de ma vieille mère devenue veuve pour l’aider à s’occuper de mon frère polyhandicapé Jean-Baptiste maintenu à domicile.
Je n’ai pas tout de suite mesuré toute la difficulté de passer du coeur de Londres où j’avais une riche vie sociale et culturelle et où j’avais le sentiment grisant d’être au centre du monde… à un tout petit village provençal de la France périphérique. Malgré la beauté d’être aidant familial, il m’est arrivé de regretter amèrement cette décision. D’autant que ces dix dernières années ont été jalonnées de divers échecs, déceptions et déconvenues dans des registres aussi bien professionnels qu’amicaux et sentimentaux. Sous un angle plus positif, ces années très expérimentales ont été très riches en enseignements divers et variés. Une véritable Odyssée en somme, sans Pénélope ou Télémaque, à la découverte du Réel et de mon moi profond, que j’écrirai sans doute un jour, peut-être sous la forme d’un conte philosophique.
En 2017 et après un long cheminement spirituel depuis la mort de mon père en 2002 (où je ne perçois pas étrangement de finitude) je me convertis en recevant le baptême de l’Eglise catholique : ce qui n’avait rien d’évident ou de prévisible pour un descendant de Républicains espagnols farouchement bouffeurs de curés ! Je chemine depuis pour mettre en adéquation ma foi et mes valeurs avec mon action en ce monde, notamment professionnelle ce qui est loin d’être évident car on ne peut pas vraiment dire que notre société fonctionne d’après les enseignements des Evangiles. Il est d’ailleurs très triste de constater pour moi aujourd’hui que le monde catholique, particulièrement conservateur politiquement et généralement plus féroce que la moyenne en affaires (Bolloré est en ce sens tout à fait hélas emblématique), semble lui aussi être très loin d’un Christ pour moi résolument de gauche. Je suis au fond engagé aujourd’hui dans une quête de sens au travail, comme des millions de personnes, ce qui je crois est rassurant pour l’avenir d’une humanité qui me semble de plus en plus marcher au bord d’un précipice existentiel.
Je finirai ce portrait en disant que je suis passionné de sciences sociales et politiques et d’art contemporain, et que je suis bénévole dans diverses associations, notamment le Mouvement Français pour le Revenu de Base (MFRB) et Article 1. Très inquiet d’une possible victoire du RN en 2027, j’explore actuellement comment soutenir au mieux le candidat qui à mes yeux aura le plus de chances de battre le RN au deuxième tour, candidat qui à l’heure où j’écris ces lignes n’est pas encore complètement identifiable. et qui idéalement serait aussi un candidat en lequel je crois. J’habite avec ma mère dans une agréable petite maison préfabriquée des années 80 dans un sympathique petit village non loin d’Aix-en-Provence et de Marseille en compagnie de nos trois espiègles chats, qui me questionnent quotidiennement sur la condition animale.
Au plaisir de vous lire et d’échanger.